conflit et compétition

Je vais vous raconter la brève histoire d’un conflit entre deux enfants, qui illustre bien le propos de cet article.

Cette histoire est raconté par Morton Deutsch, psychologue et chercheur en résolution de conflit. Il est notamment l’un des fondateurs de ce domaine.

Dans son article cooperation, competition and conflict (2015) il met en évidence les impacts de la coopération et de la compétition dans la manière de gérer les conflits.

L’histoire met en scène deux enfants dans un jardin, luttant l’un contre l’autre pour jouer avec le tuyau d’arrosage.

Ils avaient une attitude compétitive et se battaient pour être le premier à pouvoir arroser le jardin;

Chacun essayait d’arracher le tuyau d’arrosage des mains de l’autre et tout deux pleuraient.

De fait, les deux enfants étaient complètement frustrés de ne pas pouvoir arroser les fleurs comme ils le souhaitaient.

Après avoir atteint un point de non retour, ils finirent par se battre et s’insulter.

Finalement, l’attitude compétitive adoptée par les deux enfants finit par créer un conflit destructif.


Maintenant, imaginons un nouveau scénario.

Deux sections composent le jardin: les fleurs et les légumes.

Comme pour le scénario précédent, les deux enfants veulent utiliser le tuyau d’arrosage en premier.

Toutefois, supposons que cette fois-ci les deux enfants souhaitent résoudre leur conflit de manière amiable, en adoptant une attitude coopérative.

L’un dit à l’autre :”Jouons à pile ou face pour déterminer qui de nous deux pourra utiliser le tuyau d’arrosage en premier”(Il s’agit d’une procédure équitable pour résoudre le conflit).

L’autre enfant accepte et suggère que le perdant gagne le droit de sélectionner la partie du jardin qu’il arrosera.

Les deux enfants acceptent le marché et atteignent un compromis gagnant-gagnant et sont très satisfait de la solution qu’ils ont trouvé ensemble.

Derrière ces deux histoires Morton Deutsch à mis en lumière les processus impliqués dans les attitudes coopératives et compétitives, les effets engendrés, et les facteurs permettant de développer des relations coopératives ou compétitives.

conflit et coopération

Les caractéristiques d’un groupe coopératif:

1. Une communication efficace:
  • Chacun verbalise ses idées et les membres du groupe y sont attentifs, les acceptent et s’inspirent de celles-ci.
  • Les membres du groupe ont moins de difficultés à communiquer où à comprendre les autres.
2. Convivialité, obligeance, confiance, et moins d’obstructions sont exprimées dans les discussions.
  • Les membres sont également plus satisfait du groupe, des solutions trouvées et sont favorablement impressionnés par les contributions des autres membres.
  • De plus, les membres d’un groupe coopératif estiment avoir envie de gagner le respect de leurs collègues.
  • Ils estiment également avoir des obligations envers ces derniers.
3. Coordination des efforts, division du travail, orientation vers l’accomplissement des tâches, ordre dans les échanges et haute productivité se manifestent dans les groupes coopératifs.
4. Sentiment d’accord avec les idées des autres, sensation de similarité dans les croyances et valeurs, confiance dans les idées des autres.
5. Reconnaissance et respect des besoins des autres.
6. Volonté de développer le pouvoir d’action des autres membres (connaissances, compétences, ressources, etc.) pour les aider à atteindre leurs objectifs.
  • Alors que les capacités d’un membre du groupe se renforcent, c‘est tout le groupe en lui même qui s’en trouve renforcé.
7. définir les conflits d’intérêts comme des problèmes à résoudre de manière collective et collaborative.
  • Cela facilite la reconnaissance des intérêts de chacun et le besoin de chercher des solutions adaptées aux besoins de chaque membre du groupe.
  • Cela tend à limiter plutôt qu’à élargir le scope des conflits d’intérêts possible entre l’ensemble des membres du groupe.
groupe compétitif en conflit

Les caractéristiques d’un groupe compétitif:


1. La communication est compromise car les parties en conflit cherchent à obtenir un avantage en trompant l’autre par l’utilisation de fausses promesses, de tactiques de flatteries et de désinformation.
  • Elle est réduite et considérée comme inutile car les personnes impliquées n’ont pas confiance en la véracité des informations communiquées.

2. L’obstruction et le manque d’entraide conduisent à des attitudes négatives et à de la méfiance.
  • La perception que l’on a de l’autre tend à se baser sur des aspects négatifs plutôt que sur des critères positifs.
3. les membres du groupe ne veulent pas diviser leur travail.
  • Ainsi, ils se retrouvent à réaliser les même tâches, de manière indépendante.
  • S’ils décident de diviser leur travaille, ils finissent par ressentir le besoin de vérifier en permanence ce que fait l’autre.

4. Des expériences répétées de désaccord et de rejet des idées des autres pouvant conduire à une réduction de la confiance en soi et de la confiance en l’autre.

5. Les parties en conflit cherchent à renforcer leur propre pouvoir et à réduire le pouvoir de L’autre.
  • On considère toute augmentation du pouvoir de l’autre comme une menace pour soi-même.

 6. Le processus concurrentiel implique que la résolution du conflit par la domination de l’un des deux partis. 

  • Cela conduit à utiliser des tactiques coercitives telles que des menaces psychologiques, physiques et même de la violence.
  • Il tend à élargir le scope des problèmes inhérent au conflit puisque chaque partie cherche la supériorité, du pouvoir et la légitimité.
  • Le conflit est une lutte de pouvoir ou une affaire de principe moral et ne se confine plus à une question spécifique à un moment et à un endroit donné.
conflit et hostilité
Ceci n’est pas une mouette.



L’escalade du conflit augmente l’engagement et la motivation des parties prenantes et peut rendre une petite défaite beaucoup plus humiliante qu’une destruction mutuelle.
Ainsi, le conflit finit par se perpétuer à travers certains phénomène tel que “l’hostilité autistique”, “la prophétie auto-réalisatrice”,et “l’engagement involontaire”.

A – L’hostilité autistique:

L’hostilité autistique implique de rompre toute communication avec l’autre.
Cette hostilité se perpétue parce qu’il n’est plus possible d’apprendre en discutant, s’il y’a un malentendu ou une erreur de jugement à la base du conflit.
Il n’est plus non plus possible de savoir si votre adversaire a pris en compte votre position et a évoluée.

B- La prophétie auto-réalisatrice:

La prophétie auto-réalisatrice est le fait de se comporter de manière hostile vis à vis de l’autre parce que l’on croit qu’il cherche à nous nuire.
Cette croyance finit par se confirmer dès lors que nos comportements hostiles pousse finalement notre adversaire à agir de la même manière.
Les prophéties auto-réalisatrices de chacun des acteurs, s’alimentant mutuellement, renforcent l’escalade du conflit.
Par conséquent les deux adversaires finissent tout deux par avoir raison de penser que l’autre est provocant, indigne de confiance et malveillant.
Ainsi, chacun tend à dénier la manière dont il a participé à alimenter ce cercle vicieux.

C – L’engagement involontaire:

C’est le fait de croire que l’autre va forcément chercher à prendre l’avantage sur soi et qu’il faut par conséquent rester vigilant et prêt à se défendre en cas de besoin.
Cela engendre la nécessité d’investir ses ressources dans des moyens d’attaque et de défense pour se défendre ou attaquer l’adversaire.

De nombreuses études (Johnson et Johnson 2005, 2011) ont démontré qu’un groupe coopératif (par opposition à un groupe compétitif) conduit à une meilleure productivité du groupe, de meilleurs relations, une meilleure santé et une plus grande estime de soi.

Pour approfondir le niveau individuel vous pouvez vous référer à mon article sur les 5 manières de gérer un conflit.

Applications:

Cet article peut vous donner une grille d’analyse pour comprendre les dynamiques en jeu dans les groupes dont vous faites parti, au travail ou ailleurs.

Parmi les caractéristiques proposées décrites ci-dessus, essayez d’identifier lesquels ressortent dans les groupes dont vous faites parti.

Les conflits que vous rencontrez sont-ils plutôt gérés comme dans le premier scénario ou le second?

S’ils sont gérés comme dans le premier scénario, essayez d’informer les parties prenantes des bénéfices que peuvent générés une attitude plus coopérative.

Notamment en expliquant les comportements qui caractérisent un groupe coopératif et les effets positifs engendrés.

Vous êtes libre de commenter cet article et d’apporter vos suggestions. 😉

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